« Pour ceux qui se posent des questions », la nouvelle vidéo qui biaise lourdement ses réponses.

Une nouvelle vidéo circule à propos des vaccins contre le Covid : « Pour ceux qui se posent des questions ».

Le début de la vidéo reprend une production d’une chaîne de vulgarisation scientifique (vidéo en anglais) ; plus particulièrement, cette vidéo.

Les images de synthèse et les propos techniques issus de ces vidéos fournissent le vernis scientifique nécessaire pour sembler convaincant ; ils sont en fait assortis d’imprécisions, d’erreurs et de propos fallacieux qui alimentent sournoisement une rhétorique antivax :

Toute la première partie présente ainsi de véritables informations scientifiques provenant des traductions plus ou moins fidèles des vidéos d’origines, mais d’une manière parfois déjà très discutable :

  • Par exemple, à 1’38, le commentaire affirme que : « la protéine est programmée pour se lier… » C’est une approche téléologique qui n’a pas sa place en science. Sa forme et ses propriétés physiques et chimiques lui donnent la capacité de se lier facilement aux récepteurs ACE mais il n’y a aucune volonté dans ce sens. Ce propos finaliste peut ainsi laisser entendre que le virus est artificiel, ce qui sera plus ou moins signifié par la suite.
  • A 1’50, la vidéo mentionne des « portes d’entrée du virus » et donc évoque la neuropiline, ce qui est peu relevé dans les médias, contrairement au cas de la protéine ACE.
Image illustrative de l’article Neuropiline 1

La neuropiline 1 est une protéine transmembranaire. Il s’agit de l’une des deux neuropilines humaines. Son gène est le NRP1 situé sur le chromosome 10 humain.

Une étude de novembre 2020 révèle que la neuropiline 1 est un récepteur auquel se lie le péplomère du coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la Covid-19.

Source : wikipédia

Ci-contre : structure du domaine b1 d’une neuropiline humaine cristallisée

C’est une fois le décor planté, et les auditeurs séduits par la couleur scientifique du discours, que les auteurs instillent des propos fallacieux. Nous vous proposons de recenser ces arguments au fil de la lecture de la vidéo :

La désignation du coupable : la protéine Spike

Le premier vrai dérapage intervient à 2’40 ; les auteurs prétendent que « l’affinité de la protéine Spike a été augmentée dans le laboratoire de Wuhan ». Le propos est illustré par l’émission de France 2 Envoyé spécial.

Pourtant, l »origine du virus n’est toujours pas connue à ce jour, et l’accident de laboratoire n’est qu’une hypothèse parmi d’autres (voir par exemple cet article). Nous sommes donc très loin de pouvoir faire des affirmations à ce propos, et pouvons encore moins parler d’une manipulation de laboratoire faite dans le but de modifier les protéines du virus.

A 2’50, la vidéo mentionne le fait que l’infection par SARS-CoV-2 provoque des thromboses. C’est exact. Cependant, alors que les causes sont plurifactorielles, le seul phénomène incriminé dans la vidéo est la liaison de la protéine spike aux récepteurs ACE2. Le mécanisme décrit est simpliste, et contribue à construire une image inquiétante des propriétés de la protéine virale, image qui sera ensuite exploitée pour convaincre du danger de la vaccination anti-covid.

Plus loin, à 4’10, les auteurs de la vidéo déforment une étude parue dans la revue Circulation Research pour accréditer leurs affirmations précédentes (« la protéine Spike seule peut provoquer des dégâts »). Or, cette étude – portant sur des hamsters – tente de comprendre le rôle de spike au cours de l’infection par SARS-CoV-2 et non après la vaccination. Pour ce faire, les chercheurs n’ont pas utilisé la protéine spike seule mais arrimée à un pseudovirus. Notons en passant qu’ils concluent en ces terme : « les anticorps générés par la vaccination (…) protègent non seulement l’hôte de l’infectivité du covid-19, mais également de ces lésions ».

Les autres études à l’écran portent sur les propriétés du virus SARS-CoV-2, pas sur la seule protéine Spike.

A 4’18, la voix off s’interroge : « Après le vaccin, combien de protéines Spike vont être produites, et pendant combien de temps ? Il faut parfois 15 jours pour que le système immunitaire génère les anticorps. Pendant ce temps, peut-elle (la protéine Spike) se disséminer partout dans le corps, ou va-t-elle être démantelée par nos cellules ? »

Après ce questionnement, à 4’40, la vidéo mentionne la page 54 du rapport de l’agence du médicament : « une fois injecté chez le rat, l’ARNm est distribué dans les cellules de rein, de poumons, les gonades, etc.« 

Ces données proviennent du rapport de toxicologie réalisé par Pfizer-BioNTech sur des rats. Ces études cherchent à déterminer la dose idéale et le seuil de toxicité. Les doses injectées aux animaux sont donc très élevées, de manière à voir des dégâts potentiels, à définir les seuils de toxicité, les points de vigilance. Ainsi, dans cette étude, les rats ont reçu l’équivalent de 500 doses de vaccin, et les quantités retrouvées hors de la zone d’injection sont très faibles (moins de 0,1% de la dose dans les gonades, par exemple).

En conclusion, la présentation de cette étude dans la vidéo est totalement fallacieuse.

Extrait du document cité : https://www.ema.europa.eu/en/documents/assessment-report/comirnaty-epar-public-assessment-report_en.pdf

A 4’54, à l’écran, un article vient illustrer la question suivante : « Est ce que la protéine Spike du vaccin peut provoquer des thromboses ? »

Si cette étude appelle bien à une vigilance au sujet de l’action de Spike sur le système vasculaire, en aucune façon elle ne constitue une preuve de la formation de thromboses par la protéine vaccinale. Cet article a été publié le 11 janvier 2021, au tout début des campagnes de vaccination, et a permis d’orienter l’attention des études de pharmacovigilance.

Structure de la protéine Spike – http://acces.ens-lyon.fr

Les auteurs poursuivent en listant des effets secondaires possibles de la vaccination anticovid : « La vaccination peut-elle engendrer thromboses, AVC, myocardites, embolies pulmonaires, infarctus ? On ne sait pas« .

La construction de l’argumentaire de la vidéo est claire : la protéine Spike fabriquée par notre organisme après la vaccination serait potentiellement responsable d’effets indésirables sur le système cardio-vasculaire.

A cette étape du visionnage, il convient de rappeler deux faits totalement ignorés dans cette vidéo :

  • L’injection des vaccins ARNm ne se fait pas dans la circulation sanguine mais par voie intra-musculaire (dans le deltoïde)
  • Une fois les protéines spike produites dans les cellules musculaires, elles sont véhiculées puis exprimées à la surface de leur membrane où elles resteront.
Encapsulation de l’ARN messager (ARNm) codant la protéine Spike dans une nanoparticule lipidique. L’ARN messager est alors traduit dans le cytoplasme au niveau des ribosomes en protéine vaccinale. La protéine gagne ensuite la membrane cellulaire dans laquelle elle restera enchâssée https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa2034577

Spike n’est donc pas excrétée et reste exprimée essentiellement au niveau du site d’injection, ce qui explique qu’on ne la retrouve qu’à des doses infinitésimales dans le système sanguin, très nettement en deçà d’une dose susceptible de causer des dommages (voir cet article).

Les données de pharmacovigilance

Le nombre de décès

A 5’07, les auteurs affirment que les vaccins anti-covid seraient responsables de :

  • plus de 3 000 décès aux USA selon la base des données du VAERS,
  • plus de 12 000 décès en Europe selon la base de données d’Eudravigilance.

Cette exploitation des données de pharmacovigilance est malhonnête mais malheureusement récurrente. Pour bien saisir la valeur de ces chiffres, il faut garder en tête que les médecins et les particuliers peuvent signaler des effets secondaires potentiels apparus plus ou moins longtemps après une injection. Or, étant donné le nombre de personnes vaccinées, il est tout à fait normal qu’un nombre conséquent de pathologies se déclarent parmi elles sans qu’ il y ait, en fait, aucun lien de causalité avec la vaccination.

Ainsi, en dehors de toute vaccination, sur 1 million de personnes prises au hasard dans la population, plus de 700 décéderont dans le mois.

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Infographie extraite du site Citizen4Science

Ces déclarations doivent donc être comparées avec la fréquence des événements attendus en temps normal dans la population (c’est ce qu’on appelle la recherche d’un signal) ; c’est l’objet d’enquêtes à l’issue desquelles les autorités de pharmacologie pourront déterminer si un lien de causalité peut ou non être établi avec le vaccin.

Pour plus de détails nous vous renvoyons à plusieurs publications sur le sujet ici et .

Les auteurs de la vidéo poussent la désinformation jusqu’à reprendre de manière trompeuse ce mauvais argument pourtant éculé : « seulement 1% des effets secondaires remontés selon l’université d’Harvard ». L’estimation de la sous-déclaration est fausse en ce qui concerne la vaccination, et concerne dans l’immense majorité des cas les effets bénins et courants (rougeurs au point d’injection par exemple). Nous vous renvoyons à la lecture de cet article ou de celui-ci.

Effets sur le cycle menstruel et la fertilité en général

Là aussi, l’argumentation repose sur les données de pharmacovigilance. Le vaccin cause-t-il des effets sur la menstruation ? Un signal en ce sens est actuellement recherché, mais il manque encore des données pour conclure, étant donné, entre autres choses, la haute fréquence des ces troubles en temps normal et la grand sensibilité des cycles menstruels (voir cet article). A l’instar du vaccin HPV et de celui de la grippe, il reste cependant tout à fait possible que certains de ces effets soient favorisés par la vaccination anti-covid, mais ils sont décrits comme passagers (résolution en moins de 48h) et bénins (voir cet article).

La voix off enchaîne ensuite sur le risque de fausses-couches que le vaccin serait susceptible de causer. Cette publication scientifique est censée appuyer cette présomption. Une fois encore, l’article est totalement détourné puisqu’il s’agit d’une étude portant sur l’infection au SARS-Cov-2 et non sur la vaccination. Une étude récente du CDC vient d’ailleurs de conclure que la vaccination anti-covid n’entraîne aucun risque de fausse-couche.

La même malhonnêteté est à l’œuvre un peu plus loin : l’utilisation d’un article abordant le risque d’infertilité masculine causée par l’infection à SARS-Cov-2 pour l’attribuer à la vaccination.

Comme on peut le lire ici, les vaccins anti-covid n’ont aucun impact sur la fertilité. La crainte exprimée à 6’50 « des problèmes de fertilité plus graves après ces vaccinations de masse » est donc infondée.

En faisant la somme de notre lecture, un procédé apparaît comme une constante dans leur construction argumentaire : celui de prendre des études portant sur les effets du virus, de sous-entendre que ces effets proviennent de la protéine spike seule afin de justifier l’attribution de ces effets néfastes aux vaccins. Il convient de rappeler que, contrairement au virus qui a tendance à se disséminer dans l’organisme, les particules vaccinales restent localisées autour du point d’injection dans le muscle et que les protéines spike fabriquées par la suite sont membranaires et non excrétées.

La lecture détournée des études sur les effets du SARS-Cov-2, nous permet de rappeler que la covid19 est loin d’être une maladie que l’on peut réduire à sa mortalité.

Effets neurologiques

A 7’12 l’argument du virus « modifié en laboratoire » refait son apparition (nous vous renvoyons à ce qu’on sait aujourd’hui à ce sujet ici).

Puis, les mêmes ressorts que précédemment sont utilisés pour tromper l’auditeur : l’utilisation d’une étude portant sur les effets de SARS-Cov-2 pour les attribuer au vaccin. L’affinité de Spike pour la neuropiline entraînerait des dommages neurologiques chez l’individu vacciné. Nous vous renvoyons aux explications précédentes sur la localisation des protéines vaccinales produites.

A 7’55, sont abordés les cas d’apparition de syndromes de Guillain-Barré après « les injections ». Remarquons au passage que les mécanismes qui sous-tendent ce syndrome n’ont rien à voir avec l’affinité de Spike pour la neuropiline mais relèvent d’un « mimétisme moléculaire entre les anticorps antigangliosides agissant sur les nerfs périphériques et les composants moléculaires de l’enveloppe de l’agent infectieux déclenchant » (voir cet article). En outre, les cas (rares, et pour la plupart résolutifs) ont été essentiellement rencontrés après la vaccination avec le vaccin de Johnson & Johnson (voir cet article).

What is Guillain-Barré syndrome (GBS)? | doctor_stepdoctor_step
Illustration des mécanismes immunitaires à l’origine du syndrome de Guillain Barré – https://www.medscape.com/answers/315632-14193/what-is-the-role-of-electromyography-emg-and-nerve-conduction-studies-ncs-in-the-diagnosis-of-guillain-barre-syndrome-gbs

Le sombre dessein de Bill Gates

A 8’02, nous assistons brièvement à un passage digne des discours complotistes les plus crasses : il est très clairement sous-entendu que l’objectif de cette vaccination serait de limiter la démographie grâce à l’infertilité qu’elle provoquerait, mais également par sa létalité… Pour ce faire, les auteurs n’hésitent pas à employer un extrait d’une conférence de Bill Gates datant de 2010 dans lequel ses propos sont déformés et sortis de leur contexte. Ce détournement a été de nombreuses fois débunké (voir par exemple cet article).

Le mythe de la magnétisation et la « surchauffe immunitaire »

A 8’43, il est d’abord question de « magnétisation du point d’injection » ; c’est faux et cela a été expliqué de nombreuses fois (voir par exemple ici ou ). Cette fois, le mécanisme avancé pour expliquer cette « magnétisation » serait un peu différent (pas de puce, pas d’aluminium) puisqu’il est sous-entendu qu’elle serait causée par l’action des molécules vaccinales (des composants des vésicules lipidiques) chargées positivement. Si certains lipides constituant les vésicules vaccinales sont bien sous forme cationique (voir cet article), aucun spécialiste n’envisage qu’ils puissent être à l’origine d’une « magnétisation » – et pour cause, l’organisme contient une multitude de molécules chargées. L’argument est totalement farfelu.

A 9’25, les auteurs abordent la question de la toxicité des nanoparticules lipidiques vaccinales (les vésicules contenant l’ARNm des vaccins à ARN) et s’appuient sur cette étude. Cette dernière est relativement ancienne (septembre 2010) et se proposait d’étudier la toxicité de ces vecteurs ainsi que leurs effets sur le système immunitaire. Même si cela ne concernait pas spécifiquement les vésicules lipidiques des vaccins actuels, ce travail a permis de servir de base à la compréhension de leur potentiel effet immunogène et à la recherche du mode d’administration, entre autres.

S’appuyer sur une étude aussi ancienne en laissant entendre que la recherche dans le développement des vaccins ne l’aurait pas prise en compte, tout en négligeant les données récentes, est trompeur. Par ailleurs, l’utilisation du terme « tempête cytokinique » qui bénéficie d’un large écho médiatique depuis la pandémie est également une stratégie de détournement à visée strictement anxiogène : il est bien question de cela pour la Covid 19 mais pas pour la vaccination (voir ici pour le vaccin Comirnaty de Pfizer & BioNTech et ici pour Spikevax de Moderna). Les images chocs de personnes convulsant employées dans la vidéo renforcent cet appel à l’émotion.

La leçon d’immunologie

A 9’45 nous avons droit à un petit cours d’immunologie. Comme annoncé, il est extrêmement simplifié… pour ne pas dire : simpliste. Par exemple, seule l’immunité adaptative mettant en jeu les lymphocytes B (avec leurs anticorps) expliquerait l’immunité conférée par les vaccins. Nous verrons plus loin que ce choix de présentation est loin d’être innocent.

Ce bref passage permet d’aborder le point suivant : le rôle de la vaccination dans l’apparition des variants du virus. La position des auteurs est simple : « plus on va vacciner, plus le virus va muter ». Elle est illustrée par une vidéo de Christian Velot. Pour en savoir plus sur le caractère trompeur de cette vidéo, nous vous invitons à voir l’analyse de la Tronche en Biais ici.

La présentation du phénomène de mutation est particulièrement mauvaise, elle suggère que le virus « choisit » l’endroit où il va muter pour échapper au système immunitaire. Nous retrouvons les même explications finalistes rencontrées en introduction de la vidéo. Ce n’est absolument pas le cas dans la réalité : le phénomène de mutation est aléatoire et sa probabilité de survenue dépend du nombre de virions créés. Ainsi, plus le virus circule et plus la probabilité d’apparition de nouveaux variants augmente. Par contre, parmi ces derniers, ceux échappant au système immunitaire bénéficient d’une pression de sélection positive (à condition bien sûr que leur mutation n’influe pas sur d’autres paramètres comme l’infectiosité).

La vaccination peut donc potentiellement avoir deux effets différents sur les variants :

  • limiter leur apparition en réduisant la circulation du virus,
  • exercer une pression de sélection favorisant ceux qui échappent au système immunitaire.

S’il est difficile de déterminer l’effet global, une publication récente montre que plus la couverture vaccinale est élevée, plus la fréquence de mutation SRAS-CoV-2 (variant delta) diminue.

A 10’58 l’attention se porte vers ce que les auteurs appellent des « envolées virales« . Pour eux, l’explication est simple : elles se seraient produites dans certains pays à cause de la vaccination car « l’immunité innée s’est trouvée supplantée par la fabrication d’anticorps spécifiques à Spike [rendant le vacciné] vulnérable aux infections« .

Pour appuyer cette affirmation, des modifications de graphiques provenant du site de l’IHME (The Institute for Health Metrics and Evaluation) sont opérées. Les cas du Chili (voir les explications ici), d’Israël, de l’Angleterre, de la Pologne et du Bahreïn sont évoqués.

Exemple de graphique utilisé dans la vidéo illustrant les « envolés » virale

On assiste à une forme de cherry-picking consistant à sélectionner les pays où le début de la vaccination précède de peu une nouvelle vague de la pandémie. Évidemment, les pays qui ne collent pas à leur démonstration comme les États-Unis, le Canada ou la Suisse sont écartés (tout comme ceux pour lesquels la démonstration est trop fragile).

Cette illusion de corrélation simpliste fait fi des dynamiques de la pandémie et du fait que le début d’une campagne vaccinale prend du temps et n’aboutit pas immédiatement à une couverture vaccinale optimale.

La suite n’est pas plus pertinente : usant du sophisme de la solution parfaite, les auteurs pointent du doigt qu’on observe en France des personnes vaccinées qui peuvent quand même contracter la Covid19. Un vaccin efficace à 100% contre la Covid ? Ce serait idéal… donc inatteignable.

Alors, qu’en est-il de l’argument de l’affaiblissement de « l’immunitaire inné » à cause de la fabrication d’anticorps ? Outre que la logique de l’argument est bien étrange (la mobilisation du système immunitaire dans la production d’anticorps anti-spike empêcherait de lutter contre le virus), elle parait bien naïve. Elle semble reposer en effet sur l’idée que le système immunitaire rencontrerait des difficultés à faire agir simultanément plusieurs acteurs différents. La présentation simpliste proposée par la vidéo (immunité innée / immunité adaptative) pourrait le laisser penser or, dans la réalité, les acteurs de l’immunité innée et de l’immunité adaptative agissent en interaction, les uns avec les autres. Ça ne colle pas.

Mais alors, se peut-il que le système immunitaire soit accaparé par la réaction vaccinale ? Non. Il faut bien comprendre que le nombre de lymphocytes différents chez une personne est énorme (plusieurs dizaines de milliards) alors que la réaction vaccinale n’en mobilise qu’une poignée. La réponse vaccinale entraîne la multiplication de lymphocytes spécifiques, mais n’empêche nullement les autres lymphocytes de le faire. De la même façon, les acteurs de la réaction immunitaire innée sollicités ne sont pour l’essentiel recrutés qu’au niveau du point d’injection.

Par ailleurs, il a été montré que les vaccinations ne représentent aucun risque accru d’infections qui seraient non ciblées par les vaccins. Le mythe de l’affaiblissement du système immunitaire par la vaccination est étudié ici.

La réaction immunitaire (1) - [1ère Spécialité SVT] - QCM n° 955
Représentation (très) simplifié d’une réaction immunitaire – https://planet-vie.ens.fr/

La menace de la modification du génome du vacciné

Puisqu’une vidéo fallacieuse à charge contre la vaccination anti-covid ne serait pas complète sans cela, à 11’17 est posée « une dernière question » : le génome de Spike peut-il s’intégrer dans l’ADN humain ?

Si les auteurs reconnaissent bien que c’est théoriquement impossible, ils laissent entendre que, sur la base de cette étude, c’est loin d’être le cas dans la réalité. Or ces travaux sont controversés (voir cet article) et leurs résultats contestés par cette autre étude qui montre que les morceaux de génome viral détectés dans la première étude sont en réalité des artefacts causés par les techniques de séquençage.

A 11’53 les auteurs avancent que 8% de notre génome est d’origine virale. A la lumière des connaissances actuelles, il n’y a rien de faux dans cette affirmation ; mais rappelons que cet état est le fruit d’une évolution qui s’étale sur plusieurs millions d’années. Cependant, de nombreux types de virus ont effectivement un cycle de réplication qui nécessite l’intégration de leur génome dans celui l’hôte. Mais ce n’est pas le cas de SARS-Cov-2.

Devant la banalité du fait, la voix off s’empresse de rappeler que l’ARNm du vaccin est d’origine artificielle (voilà un joli appel à la nature) et poursuit en affirmant que l’on ne sait pas « comment il a été programmé » puisque « les brevets ne sont pas levés« . C’est faux (voir ici).

Une conclusion en forme de bouquet final d’arguments fallacieux

C’est sous forme de mise en garde menaçante que la conclusion s’amorce : « vous êtes libre de vous faire vacciner mais sachez que, au nom du consentement éclairé, vous devez disposer de toutes les informations« . C’est le retour du sous-entendu complotiste insinuant que des informations cruciales sur ces vaccins sont cachées au public.

Voici la liste des choses à connaître avant de se faire vacciner (et leur rectification) :

  • Les vaccinés propagent autant le virus que les non vaccinés ?

C’est faux. Malheureusement les études évaluant ce paramètre sont plus difficiles à mettre en place que celles portant sur la protection individuelle. En voici une, qui se fonde sur les données issues d’Israël et qui montre très clairement les bénéfices de la vaccination sur la transmission. Elle est expliquée avec pédagogie par la page Hervérifie.

Même s’il manque encore de telles études avec le variant Delta, la différence vaccinés / non vaccinés fait peu de doute. Le point sur les connaissances à propos de ce variant est exposé très clairement par Thibault Fiolet ici.

  • La balance bénéfices-risques des vaccins chez les jeunes est mauvaise ?

C’est faux. Les études de pharmacovigilance permettent de détecter les effets secondaires très rares, difficilement visibles lors des essais des phases précédentes. Pour les vaccins à ARNm, la pharmacovigilance a permis de mettre en évidence, surtout chez les jeunes hommes, de très rares cas de myocardites et péricardites relativement bénignes, ce qui a fait l’objet d’une réévaluation de la balance bénéfices/risques pour cette population. Les conclusions du CDC américain à ce propos sont claires : elle reste très positive, même pour cette catégorie de personnes. Le CDC estime ainsi que :

– Pour un million de garçons de 12 à 17 ans, la vaccination éviterait 5 700 cas de COVID-19, 215 hospitalisations, 71 séjours en réanimation et 2 décès, alors qu’elle induirait 56 à 69 myocardites ;

– Pour un million d’hommes âgés de 12 à 29 ans, la vaccination éviterait 11 000 cas de COVID-19, 560 hospitalisations, 138 séjours en réanimation et 6 décès, alors qu’elle induirait 39 à 47 myocardites.

Pour une explication détaillée, vous pouvez consulter cette page.

Les auteurs poursuivent en évoquant un document issu de la FDA faisant mention de 86% d’effets secondaires recensés chez les enfants ayant participé aux essais cliniques pour le vaccin de Pfizer-BioNTech. Le biais d’appel à l’émotion est convoqué… Mais en se penchant plus attentivement sur les données de la FDA, on constate que ces effets étaient pour la grande majorité d’entre eux bénins, et consistaient pour l’essentiel en douleurs au point d’injection et/ou légères fièvres (voir cet article).

  • Il existe des traitements efficaces moins dangereux que les vaccins ?

Malheureusement non. Aucun « traitement miracle » contre la covid19 à l’heure actuelle n’a été trouvé. Pour l’hydroxchloroquine, citée dans la vidéo, la situation est claire, elle n’apporte aucun bénéfice pour traiter ou prévenir la maladie (voir cette méta-analyse) ; le cas de l’ivermectine – autre traitement cité – semble prendre le même chemin décevant même si les études sont toujours en cours (voir cet article).

  • L’immunité naturelle est toujours plus efficace que l’immunité vaccinale ?

C’est faux. Cette affirmation relève en grande partie d’un biais d’appel à la nature. Pour une explication détaillée de cet élément, nous vous invitons à lire cette excellente explication.

  • La phase 3 des essais cliniques n’est pas terminée ?

Oui et non. Les données sur la sécurité et l’efficacité de ces vaccins étaient largement suffisantes pour cette phase (voir cet article) afin de pouvoir délivrer les autorisations de mise sur le marché (voir les explications ici ou ). La recherche d’effets secondaires rares est essentiellement l’objet de la phase IV, celle dite de pharmacovigilance.

La poursuite de la phase 3 concerne essentiellement la durée d’immunisation de ces vaccins.

  • Des informations importantes nous sont cachées ?

– « Aucun test de toxicité n’a été réalisé » ? Si, les conclusions sont disponibles ici et pour les vaccins à ARN.

– « Certains animaux comme certaines personnes sont morts lors des essais cliniques » ? Non, il s’agit d’une rumeur qui a été débunkée à de nombreuses reprises (voir ici ou ).

Conclusion

Au terme de ce visionnage, nous pouvons dresser un triste bilan des ingrédients qui font de cette vidéo un élément de désinformation efficace : mensonges, sous-entendus faisant appel aux complots, détournement d’articles scientifiques, cherry-picking des cas semblant illustrer leur thèse… les principaux biais cognitifs sont également conviés (appel à l’émotion, illusion de corrélation, appel à la nature, sophisme de la solution parfaite, biais téléologique…) ; le tout enrobé d’un vernis scientifique superficiel.

Pour ceux qui se posent des questions, une vidéo à fuir.

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